Introduction

Un lapin portant une montre à gousset, un loup à l'orée d'une forêt, un renard qui rabat les enfants, une maison faite de confiseries, un haricot magique, une formule tout autant magique...

Toujours les contes s'articulent autour d'un personnage, d'un objet ou d'une formule (Sésame, ouvre-toi !) qui joue pour le héros le rôle de médiateur vers un autre stade de la vie. Jusqu'alors confiné à un environnement connu, mais devenu inadapté (présenté comme incapable de le nourrir), le héros est interpellé par quelqu'un ou quelque chose qui vient se mettre en travers d'un chemin jusqu'alors bien balisé.

Qu'il s'agisse d'un loup, d'un haricot géant, d'une formule donnant accès à une caverne ou de (beaux-)parents peu scrupuleux, les héros rencontrent toujours ce médiateur, à la fois rassurant/séduisant et effrayant, qui assure le passage entre le connu et l'inconnu de leur destin. C'est à partir de cette rencontre que l'aventure de la vie (trouver son chemin hors des sentiers battus) commence. Surprise, peur, action.... jusqu'au dénouement... et à la morale finale.

Morale de l'histoire

Cette morale justement, parlons-en ! Constitue-t-elle comme on le prétend souvent l'alpha et l'oméga des contes ? Autrement dit, les contes sont-ils avant tout, l'illustration de leur morale ? La modernité pousse dans ce sens. Pourtant, l'ADN de ces récits semble autre. Nombre d'éléments1 concourent plutôt à voir dans les contes des épisodes initiatiques destinés à préparer l'individu à l'âge adulte.

Versions édulcorées

Disparu de nos sociétés modernes qui ont promu l'égalisation des conditions et une vision statistique des individus, l'acte initiatique occupe une place centrale dans les sociétés traditionnelles d'où sont issus les contes. Là, loin de toute morale réductrice, l'individu s'émancipe dans un processus de construction et de... destruction, qui reflète l'ambivalence de la vie. C'est probablement cette dimension initiatique, moralement peu reluisante, qui a poussé les rédacteurs successifs (Perrault, Grimm...) à édulcorer les récits traditionnels au au profit d'une morale plus engageante.

Vocation détournée

Posons-nous la question de la vocation initiale d'un conte comme le Petit Chaperon Rouge : S'agit-il là de mettre en garde contre les dangereux inconnus, conformément à la morale de Charles Perrault, ou de préparer les jeunes filles à ce qui va nécessairement leur arriver ? Devenir femme et prendre place dans la succession des générations.Quitte à pousser la grand-mère vers la sortie2 !

Images et symboles

On peut, dans cet ordre d'idée, se demander si le petit chaperon rouge est vraiment dévoré par le loup. Là, des expressions anciennes issues du langage populaire (“passer à la casserole”, “voir le loup” !) tendent à nous renseigner sur le sens de ce qui est en jeu...

Quant au loup du conte, si viril et si terrifiant, ne serait-il pas la version fortement imagée d'un simple berger qui passe, du point de vue des petites paysannes à qui est probablement destiné le conte, pour un audacieux ravisseur de femmes ? La proximité du loup et de l'homme dans la tradition n'est en effet plus à établir. De tous les animaux sauvages, le loup est de par ses moeurs et sa conduite, particulièrement par sa duplicité, le plus semblable à l'Homme. Histoires de loup-garous (mi-hommes, mi-loups) ou nom du demi-masque de satin destiné à se déguiser dérivé du mot “loup”, sont des marques du rapprochement entre la duplicité du loup et de l'Homme. Aussi, lorsque l'on parle du loup dans les contes, il y fort à parier que c'est du versant effrayant (animal) de l'Homme que l'on parle.

En résumé

Quelle que soit votre interprétation, et bien que l'objet de l'exposition ne soit pas (loin de là !) d'entrer dans le sens profond des contes, il est important de comprendre que ces récits issus de notre tradition parlent d'autre chose que de loups, de haricots géants et de formules magiques. Et donc, de ne pas les réduire à cela.

Le conte comme médiation vers la science

L'idée directrice de l'exposition Il était une fois, la science dans les contes est de reprendre les objets/personnages/formules autour desquels s'articulent les contes et de les utiliser comme des médiateurs pour des activités à vocation scientifique.

Si le loup, le haricot géant ou la formule ouvrant la caverne sont au coeur de l'exposition, l'angle d'observation auquel ils sont soumis est celui de la science. Comment le loup voit-il les couleurs ? Comment poussent les haricots ? Comment les clés informatiques (version moderne des formules magiques) sont-elles codées ? Pour faire rapide, on pourrait dire que l'exposition passe les symboles traditionnels des contes, issus du “cerveau droit” (symbolisme, intuition), au crible du “cerveau gauche” (langage, raison).

Quand on parle du loup...

Cette démarche en dit long sur la volonté de notre société de tout objectiver... Mais cela est amusant. Et beaucoup d'entre nous y verrons un moyen de bon aloi d'entraîner les enfants dans l'univers de la science. D'autant plus que la science cherche ici à se présenter sous son côté enchanteur.

Alors allons-y ! Tout en sachant que nous ne parlons pas de la même chose lorsque nous parlons du loup du conte et du “loup biologique”...

L'accompagnement : Avant et Après l'expo

L'accompagnement proposé par l'Atelier Canopé Paris est composé de deux parties :

  • Avant l'expo propose des activités pour la classe centrées sur le conte

  • Après l'expo, centrée sur les activités scientifiques, propose d'approfondir les connaissances abordées de façon ludique lors de la visite

Les contes abordés dans l'exposition

L'exposition s'appuie sur des éléments extraits d'un corpus de dix contes populaires : Ali Baba et les quarante Voleurs, Alice au Pays des Merveilles, Blanche Neige et les sept Nains, Cendrillon, Hansel et Gretel, Jack et le Haricot magique, La Princesse au petit Pois, Le petit Chaperon rouge, Les Aventures de Pinocchio, Les trois petits Cochons.

Les contes abordés dans l'accompagnement pédagogique

L'accompagnement proposé par Canopé ne s'appuie pas sur l'ensemble des contes de l'exposition. Il fait appel à sept d'entre eux : Ali Baba et les quarante Voleurs, Alice au Pays des Merveilles, Hansel et Gretel, Jack et le Haricot magique, Le petit Chaperon rouge, Les Aventures de Pinocchio, Les trois petits Cochons.

Pour information, la partie Avant la visite invite à les lire/écouter en proposant des versions textuelles et audio de ces sept contes.

Disponible pour les cycles 2 et 3

L'accompagnement est disponible dans des versions adaptées pour les cycles 2 et 3.

Thèmes traités

Avant que vous ne décidiez d'explorer les contenus de l'accompagnement, voici un bref passage en revue des séquences proposées :

La partie Avant l'expo comprend 2 séquences sur les thèmes suivants :

  • entrée dans l'univers des contes

  • préparation à l'écriture d'un conte : le schéma narratif

La partie Après l'expo propose des séquences dans le domaine des sciences sur les thématiques suivantes :

  • L'éducation à la santé à partir de Hansel et Gretel (et la fameuse maison en confiseries)

  • L'étude de la matière à partir des Trois Petits Cochons (et leur célèbres maisons en paille, bois et briques)

  • L'esprit critique à partir de Pinocchio (succombant au discours d'un renard fabulateur)

  • Le cycle de vie des végétaux à partir de Jack et le Haricot magique

  • Une réflexion sur le temps à partir d'Alice au Pays des Merveilles (et ses pérégrinations qui défient les lois de l'espace et du temps).

Quelques précisions

L'accompagnement s'appuie pour partie sur des ressources complémentaires à l'exposition (Canopé, BNF, Cité des Sciences...), libres de droits pour une utilisation dans un cadre éducatif.

Chaque thème se présente suivant l'arborescence séquence/séances/activités (une ou plusieurs séances par séquence, une ou plusieurs activités par séance).

L'ensemble des contenus, mis en forme avec le logiciel Canoprof3, qui permet d'intégrer des activités multimédias (quiz, média chapitré, classement, ordonnancement ...), se présente sous forme de pages Web ou de fichiers PDF imprimables. Au choix du lecteur.

Notons enfin que la Cité des Sciences propose d'autres ressources autour de l'exposition : un support d'accompagnement destiné aux enseignants (téléchargeable gratuitement ici), un livret de visite (qui nous semble d'abord destiné aux visites en familles, en vente 4.90 € à la boutique de la Cité) et des ateliers autour de l'exposition (Autour de l'exposition Il était une fois...).

Et maintenant, à vous de jouer !

(1) Cf. notamment Le Petit Chaperon Rouge dans la tradition orale d'Yvonne Verdier, Éditions Allia, 2014.

(2) Toujours d'après l'ouvrage Le Petit Chaperon Rouge dans la Tradition orale d'Yvonne Verdier : plusieurs versions du conte, prises dans la tradition orale, décrivent la jeune fille cuisinant et ingurgitant sa grand-mère... tout juste tuée, dépecée et découpée par le loup.

(3) Canoprof est un logiciel libre et gratuit destiné à la création et au partage de contenus pédagogiques entre enseignants : https://www.reseau-canope.fr/canoprof.html. À noter que les Ateliers Canopé proposent d'initier les enseignants qui le souhaitent à la réalisation de contenus pédagogiques avec Canoprof.

Olivier Brunet, médiateur, Atelier Canopé Paris